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Covid 19 Un métier dont on parle peu

Covid 19 Un métier dont on parle peu



Arrondissement de Château-Thierry -

Jean Michel nous raconte une journée Corona, triste mais tellement vraie…

Le croque mort, on n'en parle pas ou tout bas comme un gros mot...un mot tabou ! Et pourtant, en ce moment, le Croque Mort est en première ligne alors qu'il intervient en dernier : quand la vie est finie... 

Lui qui intervient quand tout a été tenté sans succès. Lui qui arrive quand il n'y a plus rien à faire. Rien... rien, que prendre soin ... des corps, des familles et orchestrer l'inorchestrable.  Lui et ses collègues prennent en charge nos défunts mais aussi les familles endeuillées. 

Lui, c'est celui que l'on appelle communément le Croque-mort, il est aussi conseiller funéraire ou encore maître de cérémonie. Très polyvalent, il règle avec rigueur toutes les déclarations administratives, le détail de la cérémonie, le rendez-vous avec les religieux, sans parler des soins au défunt, sa présentation et la mise à disposition d'un lieu pour accueillir les personnes qui veulent se recueillir avant le dernier "au revoir" et la fermeture du cercueil.

L'écoute de la famille, le respect des derniers souhaits du défunt et tant d'autres détails qui peuvent sembler anodins, même dérisoires, mais comptent tellement au moment de l'adieu. Ce métier mal connu, parfois mal aimé, demande de nombreuses qualités, d'écoute, d'empathie, le sens de l'organisation une force de caractère et à la fois de la discrétion de l'effacement.

Disponible tous les jours de toute l'année ! Mais en cette période de pandémie, les protocoles sont encore bien plus lourds à mettre en place et le nombre de décès ayant considérablement augmenté, ces hommes et ces femmes de l'ombre sont très affectés. Ils ont l'impression de faire un autre métier, dans des conditions terribles avec l'obligation d'être équipé de matériel de protection tant pour eux que pour les corps transportés... le travail est différent. La prise en charge des corps et la fréquence est tellement soutenue qu'ils en sont bouleversés. Lui, cet, homme, ces hommes qui sont baignés dans ce quotidien de l'accompagnement des défunts n'auraient jamais pu imaginer cela. Pourtant ils ont vécu la canicule de 2003, ça n'était rien à côté... Depuis début mars, les entreprises funéraires se rendent chaque jour à l'hôpital, à la morgue et désormais dans les EHPAD pour prendre en charge les victimes du Coronavirus mais aussi et toujours pour les défunts qui n'ont rien à voir avec cette pandémie.

La journée type de Jean-Michel du centre funéraire Marchetti...

La nuit a été courte, rentré tard, du mal à décrocher du boulot, à oublier pour quelques heures toutes les familles en pleurs, tous les appels toute la détresse face à ce virus sournois et bien trop souvent tueur même si beaucoup s'en sortent.

Difficile de rentrer chez soi et de sourire, de partager les moments joyeux avec ses proches quand toute votre journée ne fut que tristesse et partage avec des familles que le Coronavirus n'a pas épargnées.

Comment ne pas craindre de contaminer sa propre famille en rapportant cette saloperie à la maison à son insu ? Comment ne pas penser aux familles endeuillées rencontrées dans la journée ? Comment sortir de cette journée de travail, dure, éprouvante ? Comment trouver le sommeil, ne pas penser, ne pas analyser, ne pas avoir peur ?

Jean-Michel nous confie :

"Mon épouse et mes enfants sont habitués et partagent ce quotidien avec moi à un point que je n'imaginais pas. J'ai été surpris la semaine dernière du post de ma fille. Adulte, elle habite désormais dans l'Oise. Elle a aussi vécu toute son enfance à nos côtés en acceptant comme nous, toutes les contraintes de mon métier. Depuis le confinement, nous échangeons sur Facetime en famille avec mon fils de 22 ans confiné à Lille. Mais ce week-end... comme le week-end d'avant je n'ai pas pu participer à nos échanges Facetime... j'étais sur le front comme elle dit...Et quand j'ai lu son post j'étais très ému et me suis rendu compte à quel point ma famille est inquiète. Je ne peux que faire mon métier en me protégeant mais toujours dans l'angoisse de transporter et de transmettre ce virus invisible et silencieux à tous et plus particulièrement à ceux que j'aime... 

...Je finis par m'endormir quelques heures... Ce matin... le réveil n'a pas besoin de sonner... comme depuis plusieurs jours... plusieurs semaines... le sommeil est très bouleversé, 5 heures, 5 heures 30 de récupération. J'ouvre les yeux... ils ne se referment pas... je revis, malgré moi, la journée écoulée avec les familles démunies face au virus, ... parfois souvent mal informées de la "suite", du déroulement des obsèques. Je m'inquiète de savoir quelle journée est devant moi..., combien de familles à recevoir, à accompagner du mieux possible malgré toutes ces restrictions. Ne pas oublier un geste, un seul geste de sécurité, de précaution...  Je fais, ce métier, mon métier que j'aime mais qui n'est plus tout à fait le même... protocole coronavirus oblige, sans le contact humain, sans réel échange, sans mains serrées... En informant de la limitation du nombre de personnes présentes à la cérémonie. 

Parfois, dans des cas extrêmes, je dois supporter l'absence des familles qui, étant elles mêmes touchées par la maladie, ne peuvent se déplacer. Je leur confisque alors, bien malgré moi, ce dernier moment, celui où ils devraient dire au revoir à leur proche. Pour compenser, j'ouvre mon cœur à toutes ces familles dont le deuil est déjà difficile. Et pour tenter d'atténuer cette brutale réalité, je leur propose de me substituer à eux en quelque sorte, mais est-ce suffisant ? ... Je l'espère fortement mais je n'en sais rien...

Une petite cigarette avant de partir au front, je monte dans le véhicule d'intervention stationné à mon domicile... Un pressentiment hier, mais non rien cette nuit. Je n'ai pas été appelé. Ouf un peu de répit ! En arrivant au boulot, je me sers un café ... que je boirai finalement froid plus tard dans la matinée ! Car ça ne traine pas, le téléphone sonne, sonne... En l'espace de 30 mn déjà trois familles pour des décès Covid. Les rendez-vous sont pris pour rencontrer les proches dans la journée... pas trop en même temps pour respecter les distanciations. C'est la première partie de journée lorsque l'on arrive à rester au bureau. Mais très vite il faut se tourner sur la 2ème partie de journée "Rien" que 6 convois, 4 crémations et 2 inhumations... il faut coordonner tous les acteurs de l'ombre qui nous accompagnent : notre équipe, les porteurs, les équipes de marbrerie en charge des travaux de cimetière... et tout s'enchaîne sur un rythme soutenu en prenant soin de porter toute l'attention nécessaire à chacune des familles... toutes différentes avec qui il faut préparer la cérémonie même réduite... La situation est tendue, même chronométrée pour satisfaire toutes les exigences. La charge administrative de gestion des dossiers funéraires est conséquente, Même si certaines communes et les services d'état civil ont facilité cette charge par la dématérialisation des documents... il y a du temps à y consacrer.

La matinée est passée... je lève les yeux sur l'horloge au-dessus de mon bureau... il est déjà 12 h 20... je vais vite fait rentrer à la maison. Un en-cas sur le pouce et je repars, devant être présent à 13h au funérarium de l'hôpital de Château-Thierry. Il s'agit là de la fermeture d'un cercueil en présence de la famille... 5 personnes maxi même si ce n'est pas un décès dû au Covid... Ce qui est presque exceptionnel par les temps qui courent. Dans la foulée, nous rejoignons le cimetière de Courtemont-Varennes... Courtemont-Varennes... avec les dégâts que le virus a occasionné dans l'Ehpad de la commune. Sur la route je me dis que c'est une route que je fais souvent ces derniers temps... Mais là, je rejoins le cimetière pour rendre hommage à un homme à peine âgé de la cinquantaine... Une dizaine de personnes attendent. La plupart masquées, à distance les unes des autres. Devant le cimetière en attendant d'assister à la cérémonie d'au revoir à cet homme, des bonjours distants d'un signe de la main ou de la tête remplacent les accolades et les embrassades chaleureuses. Le corbillard arrive... nous nous approchons de la sépulture où le défunt reposera. Nous avons préparé ce temps d'hommage avec la famille. Il n'est pas question de bâcler quoi que ce soit : poèmes, textes de la famille, musique choisie par la famille... nous lui rendons un bel hommage... certes dans l'intimité mais digne. Beaucoup de ses proches, de sa famille, de ses amis, de ses connaissances, de ses voisins, de ses collègues... auraient souhaité être parmi nous. Les mesures dues au Coronavirus l'interdisent quel que soit le motif du décès. La cérémonie s'achève, oralement des remerciements sincères et chaleureux de la famille et des proches présents ont lieu, et pourtant... la distanciation et le manque d'embrassades d'étreintes rendent le moment encore plus triste, encore plus difficile et bien froid... J'ai le sentiment de faire un autre métier... C'est difficile à exprimer mais émotionnellement c'est très fort et il m'est difficile de cacher cette émotion pour faire mon devoir qui est de rester à l'écoute et de soutenir la famille qui s'appuie sur moi... Combien de temps devrons nous pratiquer ainsi ? Combien seront emportés par cette M... ?

Prenez soin de vous, des vôtres et de nous tous en restant confinés. Même après le 11 restez vigilants, évitez les risques de contamination en réduisant vos sorties et les rassemblements, à chacun de prendre ses responsabilités mais nous pouvons tous nous transmettre ce virus sans le savoir ! Et nous pouvons tous potentiellement entrainer la mort de personnes voire de nos proches... Alors a bon entendeur salut ! 

 

 

 

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